January 31, 2023
Pinocchio, Guillermo Del Toro anime le conte de Collodi avec émerveillement et audace


C’est un Fantastique et sombre Pinocchio, chant et (anti)fascismeQuel Guillermo del Toro âme avec émerveillement et audace créative dans le film homonyme disponible depuis quelques jours sur Netflix (et non plus en salles). Autant de licences poétiques, de variations narratives, d’inventions stylistiques, bref une liberté d’expression à toute épreuve, que Del Toro prend pour donner une nouvelle vie à la marionnette inventée de Charles Collodi. Pendant ce temps, le conte de fées original de la fin du XIXe siècle est transformé en un conte de fées du XXIe siècle. Car le pantin espiègle qui rend fou son père (ici “pàpaa”), faisant l’école buissonnière et caracolant sur les scènes de théâtre-cirque de la moitié de l’Italie au XXe siècle, n’est plus l’âme rebelle enfantine à qui donner un fond ordonné morale selon le roman (pensez au Jiminy Cricket ici hôte narratif et compagnon affectueux du protagoniste et pas ennuyeux report de conscience moraliste).

Pinocchio c’est plutôt une créature de bois ludique, sincère et archaïque tout en clous et en morceaux de matière, libérée de l’immortalité éternelle apparente que lui confère précisément l’esprit féerique de la forêt bleue, non transformable (… SPOILERS …et non transformé) en chair et en sang humains. Le Pinocchio qui, au lieu d’étudier, choisit la vie de célébrité temporaire d’une étape délabrée et itinérante du Piémont à la Sicile, où l’excentrique Mangiafuoco est un figurant et le principal antagoniste est le Comte Renard (Christoph Waltz) accompagné du singe louche Spazzatura (Cate Blanchett), est une exception physique très contemporaine qui attire l’attention du Podestat fasciste (le mythe de l’immortalité pour le pays) ainsi que du Duce (un nain à la silhouette futuriste super mâchoire qui mange du pop-corn et prononce une mort instantanée pour ce qu’il n’aime pas). « Je suis ton maître et tu es mon esclave », tonne le comte Volpe à l’adresse du pantin qui voudrait se rebeller contre le destin d’être sous-payé et soumis.

Et aussi dans ce Del Toro, avec le scénariste Patrick Mc Haleoriente le devenir majeur semblable à un pinocchio dans quelque chose de plus sérieusement politique que la relation plus évidente de famille froide ou d’autorité personnelle à laquelle le protagoniste ne peut de toute façon pas échapper. Après tout, la relation affective entre Geppetto et Pinocchio, née d’une “pomme de pin parfaite” a plus magiquement mystérieux et sacrément naturel que ce familisme hiératique ici aussi du conte d’origine de Collodi. C’est comme si Del Toro, chargé d’une vision chromatique et onirique de l’ensemble, quittait l’autoroute de la tradition pour suivre la sienne route panoramique étonnante, dense et authentique dans un monde aux allures de pinocchio peuplé d’animaux monstrueux et de créatures fantastiques, de fascistes très noirs et sinistres comme s’il s’agissait d’une porte ouverte sur le tournage du Labyrinthe du Faune. Des ambiances qui tendent vers l’obscurité, donc, vers une ombre plus partielle où il pourrait y avoir un coin de lumière, vers une idée de nature/forêt/village italien/mer fouettée par des nuances de morosité sombre. Splendide parmi tant d’autres, est la solution visuelle rétro de l’apparition du requin sur un détroit miné et orageux de Messine comme s’il s’agissait d’une page du Moby Dick par Melville. Stimulante, d’ailleurs, dans le tourbillon des détours et des réinventions narratives (il y a tout un gros bloc de la « balilla » de Pinocchio en dérapage total et risqué) est le karsticité pointilleux dont Del Toro colore le ton de l’œuvre grâce à la douceur mélancolique de quelques extraits musicaux chantés, sous forme de comédie musicale à contre-jour, par Pinocchio ou Geppetto.

Enfin, même si nous aurions dû partir d’ici dans la revue, techniquement, la création artisanale des personnages, véritables marionnettes, marionnettes, animaux et monstres fantastiques à la Del Toro, est un “exercice artisanal de sculpture, de peinture et de sculpture” qui laisse bouche bée et auquel s’ajoute une étonnante richesse de mouvements manuels, la stop motion des origines, y compris la synthèse numérique finale pour nettoyer les intrusions humaines de l’équipe d’animation et pour noircir, ombrer, fantasmer les fonds, les murs et toute cosmogonie. Le conseil, bien sûr, est de le voir dans l’original pour apprécier l’utilisation de l’italien dans de nombreux intercalaires de la foule, ou pour Pinocchio qui déforme involontairement le Duce en “dolce”, et pour la tonalité très délicate de la voix de Ewan McGregor qui fait palpiter un tendre cricket de Jiminy, écrivain de ses mille aventures dans le monde qui vit et meurt matériellement, encadrement suprême et absolu, au cœur de Pinocchio.



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