January 31, 2023


LES MILLE YEUX 2022 - Avant-première

Une carrière fulgurante, de 1950 à 1956 : 17 films, des couvertures de magazines nationaux et internationaux, des romans-photos, les premiers drames Rai, des émissions de radio. Un visage qui devient aussitôt populaire dans une Italie qui sort péniblement de la guerre. Teint méditerranéen, longs cheveux noirs, yeux enchanteurs, corps sinueux. Du coup, le retrait de la scène, à seulement 26 ans, sans en expliquer la raison. Pas une conférence de presse, pas une interview. Disparu, du jour au lendemain. Loin de l’Italie et du silence. Pourquoi? Où étais-tu Marie Fraunée en 1929, l’actrice qui se destinait à une carrière illuminée par les néons du succès, à entrer dans le Panthéon restreint de la célébrité ?

Après 66 ans, “Frau parle”. Il brise l’isolement et le silence et raconte son histoire dans le documentaire “Maria Frau, l’actrice qui a éteint son étoile”, écrit et réalisé par Sergio Naitza, signé par Karel productions, en avant-première absolue au Festival du Film Les mille yeux de Trieste, mercredi 12 décembre, au Cinéma Ariston. Dans le documentaire (photographie de Luca Melis, montage par Rossana Cingolani, soutenu par la Fondation Sardinia Film Commission, la Société Humanitaire-Cineteca Sarda, la Municipalité de Nulvi), la vie artistique et privée coule de la Sardaigne vers le succès, avec des anecdotes et des curiosités sur Le cinéma italien des années 1950. Enfin, pour la première fois, la splendide Maria Frau, âgée de 93 ans, expliquera personnellement en se connectant en direct avec Trieste depuis les États-Unis – pourquoi en 1956 elle a décidé de baisser le rideau, de s’éclipser du monde du spectacle, de la notoriété , sous les projecteurs des médias. Elle le révèle en deux mots, chez elle à Austin, au Texas : “par amour. Je n’ai disparu que par amour”. Elle le raconte dans le documentaire en ajoutant de nombreux détails : après une période au Costa Rica, elle a finalement déménagé aux États-Unis, il y a plus de 40 ans, car « j’avais rencontré l’homme de ma vie et j’ai décidé de me consacrer uniquement à ma famille. Je n’ai jamais regretté mon choix. J’ai eu de la chance.” Avec l’énergie d’une sexagénaire, Maria Frau ouvre le coffret des souvenirs. Racines sardes: né dans la petite ville de Nulvi, père berger, s’installe à Rome à la recherche d’un travail plus rentable. Enfance et adolescence dans la capitale, grandir dans une pauvreté digne. “Je n’avais même pas l’argent pour le cinéma.” Mais le cinéma qui la remarque. Avec le signe le plus classique du destin. Maria est une belle fille, avec un visage propre et un regard rêveur. Assis dans la salle d’attente d’un bureau, le réalisateur Mario Bonnard s’aperçoit qu’il cherche le protagoniste de son film “Margherita da Cortona”. Il ne l’a pas encore trouvé, bien qu’il ait également lancé un concours national. “Tu es Margherita” lui dit-il. Et l’écriture.

A partir de ce moment commence l’ascension rapide de Maria Frau vers le succès. Les journaux parlent d’elle, son image – même dans des poses licencieuses avec un bikini – ressort dans tous les magazines, sa renommée dépasse les frontières nationales. Elle a des rôles d’actrice de premier plan dans le cinéma populaire, version mel (Luna Rossa, Tourment des âmes, La barrière de la loi, Le loup de la frontière, Embuscade sur la mer) ; chevauchée et combat à l’épée dans Sur le pont des soupirs ; son talent et sa polyvalence l’amènent à tourner en Allemagne pour Stella di Rio, où elle montre son talent de danseuse, en Turquie pour La sultana Safiy, en France pour Daddy’s Seven Sins avec Maurice Chevalier et The Physical Major avec Eddie Constantine ; des duos avec Tot dans le rôle de Cléopâtre dans Tot in Hell et Eduardo De Filippo la veut aux côtés de Renato Rascel dans la version cinématographique de sa comédie Ces fantômes. En 1954, à l’aube du Rai, dans le drame L’affaire Kubinski réalisé par Anton Giulio Majano, on compte de nombreuses participations à des émissions de radio dans lesquelles il s’entretient avec les auditeurs. Au sommet de sa popularité et avec de nombreuses offres d’emploi (Eduardo lui propose de rejoindre sa compagnie, Gassman cherche un rôle au théâtre, Tognazzi veut la signer pour une comédie musicale) Maria Frau éteint son étoile. L’histoire de la pauvre fille sarde, la nouvelle Cendrillon, qui de l’anonymat devient une star, refuse une carrière sur la rampe de lancement de la consécration au nom de l’amour pour son prince charmant, se termine brusquement, mais en même temps doucement. Par amour, en effet. Une belle histoire qui parle aussi de notre époque : où apparaître, être là, se montrer, passe avant de vivre.

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