January 27, 2023
L'Enfant Terrible italien de 68 : Romano Scavolini


Aura lieu à Belgradeaujourd’hui, à l’occasion de FFilm/Vidéo alternatif estivalfestival de films expérimentaux parmi les plus anciens et les plus importants d’Europe la première rétrospective internationale sur le cinéma de Romano Scavolini, intitulée “L’Italien ’68 Enfant Terrible.

La rétrospective, organisée par le cinéaste et chercheur Tomaso Araminimettra l’accent sur les courts métrages réalisés par le réalisateur romain d’origine Fiume, au tournant des années 60 et 70.

Années dans lequel Scavolini metça va développer des stratégies et des techniques de pointe, qui trouvera épanouissement et pleine maturité dans ses célèbres longs métrages: En mouche aveugle Et L’épreuve générale.

La rétrospective portera sur la conception radicale du cinéma par Scavolinidans lequel la les contenus politiques et existentiels s’accompagnent d’une structure formelle non seulement antagoniste du cinéma traditionnel, mais constituant d’une nouvelle façon de voir et de produire des images, préparatoire à une réalité renouvelée des rapports sociaux émancipés.

Une importance particulière sera accordée à la relation téléspectateur/filtrerhyade essentiel dans la poétique de Scavolini, et à la relation entre conscience Et écriture dramatique que le cinéaste romain révolutionne en s’inspirant des styles brechtiens.

La rétrospective anticipera une revue plus longue consacrée au réalisateur, qui sera également présenté à Belgrade au printemps, lors de la projection d’un documentaire/hommage créé par Tomaso Aramini et produit parllla Méthode Srl.

Maison de production née récemment, cette dernière, créée par Aramini lui-même, dont la production sera centrée sur le cinéma d’auteur et politique.

Les courts métrages sélectionnés pour les projections sont :

Fièvre tranquille (1964), durée 10′ : Un reportage expérimental fait de photos animées qui dénoncent les crimes de l’impérialisme.

Solitude (1966), durée 11′. Un homme traverse une métropole contemporaine qui fourmille d’affiches publicitaires, de cabines téléphoniques, de murs sordides.

Ecce Homo (1969), durée 10′. Un film inspiré de la dialectique francofortienne d’Adorno et Horkheimer : les mains comme instrument d’exploitation capitaliste, d’aliénation humaine et de guerre.

LSD (1967), durée 10′. Un voyage halluciné dans les derniers jours d’un poète avant son suicide.

Journal du rythme (1968), durée 11′. Un couple erre dans la banlieue d’une métropole à la recherche du bonheur.

Si proche, si loin (1970 ) : durée 10′. Un survol lyrique et dramatique de la banlieue romaine. Du quartier Olimpico all’Ostiense (gazomètre) à Fiumicino. A commenté le bruit de la ville et la musique.

Nous gagnerons (1968), durée 12′. Poème visuel agit-prop pointu et sans compromis dédié à la lutte de libération noire qui fait avancer les techniques de montage de Santiago Alvarez.

Ci-dessous, un profil de Romano Scavolini signé par le réalisateur Tomaso Aramini

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Dans l’effervescence politique et artistique de la décennie 68-77, le metteur en scène Romano Scavolini s’impose comme l’auteur le plus audacieux du panorama expérimental italien.

Tant dans les contenus proposés au public que dans la forme cinématographique poursuivie.

Considéré comme un enfant prodige pour avoir réalisé son premier long métrage à 18 ans alors qu’il travaillait comme débardeur en Allemagne, le“enfant terrible” du cinéma italien, il réalise son premier film professionnel, Mouche aveugleen 1966.

C’est une analyse controversée de la violence sans but, provoquée par le manque de motivation et de sens dans la vie du personnage central.

Le film, qui a fait le tour des grands festivals internationaux, faisant la promotion de Scavolini parmi les cinéastes « cultes » de sa génération, a suscité de nombreuses polémiques en Italie, provoquant l’interdiction de sa diffusion au public.

Deux ans plus tard, Scavolini écrit et réalise La répétition générale une odyssée complexe “Joyceana”structuré autour d’un groupe de jeunes insurgés marxistes, préparant une Révolution.

Caractérisé par un haut degré d’expérimentation formelle au montage, le film brise les mécanismes commerciaux d’implication et d’identification entre le spectateur et les personnages à l’écran, bousculant les codes du spectacle comme mécanisme d’identification du spectateur.

Ce sera alors au tour de L’épreuve généraleune prise de position radicale contre le cinéma bourgeois et ses techniques d’anéantissement et d’engourdissement des consciences.

Mais le film, bien qu’acclamé par la critique, a de nouveau été interdit de projection publique.

Durant cette période, Romano continue de réaliser de nombreux courts métrages et documentaires sur l’anthropologie et les luttes sociales.

Expériences cinématographiques à travers lesquelles il a développé ses idées de cinéma alternatif, au sein desquelles l’interruption de la linéarité espace-temps a servi de dispositif pour éveiller la conscience du spectateur, vers une nouvelle pensée politique et une nouvelle être dans le monde.

En 1976, entre-temps, il s’installe aux États-Unis. Ici, en 1980, il écrit et réalise La chasse sauvage, sur les crimes de la junte fasciste en Grèce.

Alors qu’en 1981, il signe l’inquiétant Cauchemar, l’un des films les plus puissants et les plus effrayants de tous les temps, classé par Variety à la troisième place des ventes, lors du week-end de projection d’ouverture, comptant une distribution de seulement 127 salles à l’échelle nationale.

Étiqueté, à tort, comme un film d’horreur, Cauchemar c’est, à l’inverse, une puissante critique de la psychopharmacologie – une pratique très populaire aux États-Unis – comme moyen facile de faire taire les contradictions psychiques à l’origine du mode de production capitaliste.

Des troubles et des contradictions qui resurgissent chez le protagoniste du film sous forme de psychose, de libido refoulée, de relations sexuelles dysphoriques, d’une pulsion de tuer pour arrêter ses cauchemars récurrents et terrifiants.

Cauchemar fortement dérangé le public américain pour ses implications symboliques.

Non seulement parce que Romano a subverti la grammaire d’Hitchcock – chez Hitchcock on ne voit jamais de sang à l’écran, alors qu’ici le réalisateur en montre beaucoup – mais parce que, dans cette subversion symbolique, le sang a fini par représenter les blessures, les fissures de la subordination du La classe moyenne américaine au système de contrôle du Capital.

La représentation de conscience d’une société, fondée sur la répression systématique de classe, raciale et psychologique, pour la tranquillité d’esprit de l’homme petit-bourgeois.

Un homme qui dans le film est englouti par l’irrationnel, par ces mêmes énergies flamboyantes qu’il voudrait contrôler et qui prennent plutôt la forme d’un tueur incontrôlable.

Sans surprise, des ambulances ont été mises en attente devant les cinémas de New York.

De retour en Italie, en 2004 Romano Scavolini donne vie à L’apocalypse des singes une trilogie de six heures résumant ses opinions politiques, ses convictions philosophiques et plus de 40 ans d’expérimentation esthétique.

L’Apocalypse des singes peut être considérée comme sa Somme théologiqueou plutôt la dernière provocation méditée et courageuse de Romano sur le cinéma traditionnel lui-même.

Dans le film, Romano déconstruit les fondements de la société d’aujourd’hui et sa représentation, à travers une nouvelle grammaire cinématographique qui amène la technique du courant de conscience à une tension maximale, dans laquelle de multiples histoires et personnages coulent à différents niveaux de conscience, d’intentionnalité et d’être.

Une nouvelle dramaturgie filmique, que Scavolini réalise en puisant dans l’idée brechtienne du théâtre épique.

Dans L’Apocalypseen effet, la mise en scène et le montage ne se focalisent pas sur ce que ressentent les personnages, mais sur la prise de conscience du personnage et sur la objet de sa prise de conscience.

Avec apocalypsele but du réalisateur est de libérer le spectateur de son rôle de spectateur-masseplacé devant le spectacle de la société – renversant l’hypothèse de Debord – le libérant aussi de la représentation d’une réalité fondée sur le rapport réifiant et dégradant entre les biens, la redéfinissant comme un système modifiable de rapports sociaux, dans lequel la conscience et la liberté peuvent être recherchées et pour elles nous pouvons enfin combattre.

Pour conclure donc, la rétrospective qui se tiendra demain à Belgrade se concentrera sur les courts métrages les plus audacieux de Romano Scavolini, réalisés dans les années 60 et au début des années 70.

Des films qui réfléchissent sur les thèmes politiques les plus chauds de ces années : de l’anti-impérialisme à la lutte pour la libération des Noirs ; des mouvements de libération nationale à la lutte armée, pour arriver aux positions ontologiques et politiques d’aujourd’hui, contre le développement le plus élevé et le plus meurtrier de la société du divertissement.

Société qui transforme chaque individu en simple spectateur des biens.

De plus, dans ces films, nous voyons les idées les plus radicales de Romano sur le cinéma mises en pratique. Notamment, différents codes pour subvertir l’intrigue et casser les mécanismes de montage traditionnels.

Des films qui émancipent le spectateur, le désaliène de son rôle passif, pour solliciter l’action selon une forme hautement poétique, qui est la signature de Romano. La signature d’un auteur incroyable, militant subversif du cinéma, trop longtemps oublié et ostracisé.

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