January 30, 2023
dix nominations, pas d'Oscars, mais c'est un chef-d'œuvre hors du temps - Corriere.it


de Philippe Mazzarella

Le chef-d’œuvre de Martin Scorsese avec Leonardo di Caprio a été tourné à Cinecittà. La structure du film a été comparée à Homer, Shakespeare, Dickens, Hugo

New York, 9 décembre 2002. Après les deux titres apparemment les plus farfelus de sa vaste filmographie (« Kundun », 1997 ; « Faire sortir les morts », 1999), Martin Scorsese présente en avant-première (le film est alors distribué nationalement à partir de décembre 20, et par nous le 23 janvier 2003) le blockbuster “Gangs of New York”: un projet chéri (avec le scénariste Jay Cocks) depuis le début des années 70, se déroulant dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle en pleine guerre civile et basé sur un essai littéraire de 1928 (“The Gangs of New York: An Informal History of the Underworld” de Herbert Asbury), qui n’a réussi à voir la lumière que difficilement grâce à la rencontre avec le désormais tristement célèbre magnat Harvey Weinstein (et puis avec Alberto Grimaldi). Et qu’il avait subi toutes les épreuves des travaux “maudits” lors de sa construction, surtout en raison de sa nature de blockbuster techniquement étanche (son coût dépassait à l’époque les cent millions de dollars, et était le budget le plus élevé jamais géré par Scorsese jusque-là) et les contrastes très forts entre le réalisateur et la production.

La réalisation de la fresque sur la lutte entre les gangs armés qui dominaient le quartier new-yorkais de Five Points au XIXe siècle (mis en scène comme une nouvelle émanation symbolique du discours vieux de plus de dix ans de Scorses sur la désintégration des frontières entre le bien et le mal qui a commencé avec “Mean Streets – Sunday in church, Monday in hell”, 1973, et s’est terminé – peut-être – avec “Les Infiltrés”, 2006) il a été réalisé presque entièrement à Cinecittà, où “notre” Dante Ferretti installe un décor sans fin au sein duquel Scorsese, dans une dimension inédite souvent plus proche du théâtre que du cinéma, recrée sa problématique “naissance d’une nation” en amassant furieusement sons et mots, séquentiels bouillonnants et audacieux et des suspensions de rythme, des jeux d’acteurs démesurés et des réflexions sur le Mythe. Et où l’immense quantité de matière visuelle et textuelle offerte aux sens restituait dans chaque cadre la mesure d’une représentation mortuaire de la fin de l’Innocence et du “salissement” de la pureté pour en tirer un anéantissement de la morale qui est le souvenir alors encore frais des attentats du 11 septembre chargés d’ombres symboliques encore plus désagréables.

Simple dans sa ligne de base, mais intérieurement très articulée, la narration de “Gangs of New York” axée sur un sentiment de vengeance. En 1862, durant la première phase de la guerre civile, le jeune Irlandais “Amsterdam” Vallon (Leonardo DiCaprio), fraîchement sorti de l’école de correction, décide de venger la mort de son père “Priest” (Liam Neeson), tué seize ans plus tôt par Mephistophelean Bill Cutting dit “le Boucher” (Daniel Day-Lewis), chef incontesté du gang des “Natives” en perpétuel conflit avec les poches new-yorkaises d’immigration irlandaise des “Dead Rabbits”. Pour mener à bien son plan, le garçon gagne sa confiance en se transformant en une sorte de fils adoptif de Bill, qui ne se doute pas de sa véritable identité ; mais avant leur confrontation (qui eut lieu en juillet 1863, lors de la “Draft Week”, caractérisée par de violentes émeutes dans le Lower Manhattan par des hommes blancs de la classe ouvrière contre la conscription et l’enrôlement dans la guerre), le secret d’Amsterdam reviendra à la surface en raison de la jalousie de son ami Johnny Sirocco (Henry Thomas) pour sa compagne, la voleuse Jenny Everdeane (Cameron Diaz).

La structure dramatique de “Gangs of New York” est si archétypale qu’elle a été juxtaposée (selon la bienveillance des examinateurs) à Homère, Shakespeare, Dickens, Hugo ; son balayage presque dantesque, dans la mesure “vissée” d’une descente forcément infernale dans les replis de l’histoire et de la culpabilité. Scorsese a épluché le pli dans un furieux et dilaté assaut cinématographique steinbeckien (deux heures et quarante-sept minutes le temps de jeu final, après le montage extrêmement fatigant ; mais on reste avec le sentiment qu’il aurait fallu encore plus de temps) dans lequel la magnificence purement cinématographique de la narration (l’utilisation du montage alterné, l’irruption des flashbacks, le gigantisme des scènes de foule et de certains longs plans, les lumières très élaborées de Michael Ballhaus) fait toujours contrepoint à une dimension sensorielle paradoxalement “intime” qui, dans l’exhibition ostentatoire de l’artifice de la reconstruction à travers la « matérialité » évidente et soulignée de ses composantes éminemment visuelles (la violence graphique de la chair et de l’os, les décors délibérément perceptibles comme tels au détriment de l’invisibilité de la reconstruction d’époque, exactement comme les costumes très détaillés de Sandy Powell), prend une qualité sombre anti-réaliste et fonctionnel à un discours métaphorique ambivalent : celui « politique » sur le passage du chaos à la « démocratie » et celui « esthétique » sur la fin du cinéma classique à l’aube d’un millénaire qui sanctionnera définitivement la transformation de son propre travail éthique.

Casting phénoménal (au-delà au parfait « triangle » Day-Lewis/DiCaprio/Diaz. et les noms déjà mentionnés incluent d’excellents visages tels que Jim Broadbent, John C. Reilly, David Hemmings, Brendan Gleeson, Eddie Marsan, Alec McCowen et Barbara Bouchet) et dix nominations aux Oscars (Meilleur film, réalisateur, acteur principal, scénario -de Kenneth Lonergan, Steven Zaillian et Jay Cocks-, cinématographie, conception de la production, conception des costumes, montage, son et chanson originale -“The Hands That Built America” ​​de U2-). Aucune nomination ne s’est transformée en statuette. Avec le recul, vingt ans plus tard, ce n’était pas une injustice : juste la confirmation de l’altérité d’une œuvre éloignée du goût de son temps et peut-être de tous les temps : comme tout bon chef-d’œuvre qui peut (ou doit) être.

8 décembre 2022 (changement 8 décembre 2022 | 13h26)



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