January 27, 2023
Les couleurs des étoiles découvertes par Artemisia


Avec un processus d’inquisition documenté mené autour d’une jeune Artemisia Gentileschi et de son violeur, Agostino Tassi, le roman de Raffaele Messina s’ouvre, Artemisia et les couleurs des étoiles, publié par Colonnese de Naples. Un roman basé sur la reconstruction de la vie d’Artemisia à Naples. Un aspect peu traité par la critique historique et la fiction.

Née le 8 juillet 1593, Artemisia n’a été redécouverte qu’au cours des dernières décennies et considérée comme la plus grande peintre italienne de tous les temps, mais aussi la protagoniste d’une histoire dramatique impliquant le destin de nombreuses femmes violées dans le corps et l’âme.

Fille d’Orazio, un peintre toscan établi qui a travaillé à Rome, Artemisia a été initiée au même métier, mais un élève de son père qui est autorisé à entrer dans l’atelier, profite de la circonstance pour violer la jeune fille. Nous sommes en mai 1611 et la jeune fille a 17 ans. Le rusé Agostino a promis à la jeune fille de l’épouser, mais après un an le point décisif n’est pas encore atteint, en effet Artemisia découvre que son petit ami a déjà une femme et il ne reste plus qu’à le dénoncer pour viol.

Messine qui aime apporter le point de vue de sujets individuels, comme une tragédie pleine de plaisanteries, met le dialecte de Rome du XVIIe siècle dans la bouche de son protagoniste, et à Orazio celui de Florence, obtenant un réalisme très vivant qui peut’ On ne peut que sombrer même dans les chamailleries truculentes entre Agostino et les forçats romains de Tor di Nona ou entre les artisans de la taverne de la Fontaine de Trevi. Orazio, en revanche, est un père qui souffre d’avoir commis trop d’erreurs, ayant failli garder sa fille prisonnière mais ayant accepté que Tassi, peintre protégé par la famille Médicis, épouse sa fille, alors qu’il était presque deux fois plus âgé. .

D’autres deutéragonistes agissent autour, comme le visqueux Cosimo Quorli ou Procolo, un garçon de magasin qui vit dans la maison Gentileschi et qui n’a d’yeux que pour Artemisia, pour son corps fleuri caché sous la tunique qui la couvre pendant le travail. Parce qu’elle est une peintre de qualité, à qui son père a expliqué la philosophie de la lumière telle qu’étudiée et utilisée par des maîtres comme Caravaggio et Carracci.

Un silence coupable tombe entre le père et la fille, un silence qui ne tombe que lorsque Horace rentre dans la boutique et trouve devant ses yeux un tableau très éloquent, c’est Suzanne et les vieillards, où Suzanne est Artemisia, les vieillards sont Tassi et un ami à lui, Quorli, un voyou qui voulait posséder la fille. Mais pas de chance. La première partie du roman se termine par la phrase de l’inquisiteur, Tassi est exilé. Quant à Artemisia, elle accepte d’épouser Pietrantonio Stiattesi, un jeune homme sans le sou qui pourra rembourser ses dettes avec la dot de la jeune fille.

La deuxième partie du livre nous transporte de Rome à Naples. Messine entend traverser les années napolitaines de l’Artemisia, qui n’ont jamais été racontées. C’est la partie la plus intense du livre. Nous sommes entre 1648 et 49, Masaniello vient de mourir et Artemisia, de retour de Londres, est employée par une très jeune bonne, Fernanda, arrachée à la faim à laquelle elle était condamnée. Il a maintenant deux filles, élevées avec le pouvoir de l’art. Elle a perdu d’autres enfants, Lisabella, Cristofano, Giovan Battista et elle a perdu son mari et d’autres compagnons de lit. C’est une femme mûre et une artiste établie et dont on parle. Mais protégée par les nobles, si elle a été invitée à la cour par Don José d’Autriche pour célébrer l’arrivée du vice-roi De Guevara. Et aimée des artistes, si on la retrouve aux côtés de Massimo Stanzione, peut-être le peintre le plus important du Sud. Ensemble, ils visitent la Certosa di San Martino et sont émerveillés par la beauté de Naples vue d’en haut. Une Naples pleine d’artistes qui gravitent autour de Stanzione et Caravaggio, Battistello Caracciolo, Guido Reni, Giuseppe de Ribera, Giovanni Lanfranco, Mattia Preti. Artemisia se dirige vers la couleur éblouissante des étoiles, comme dans le titre du livre.

Messina est à l’aise de décrire la Naples du XVIIe siècle, dans la main courante d’un essai de Nino Leone, et dans les descriptions de Jean Noel Schifano. Nous sommes dans une ville espagnole, affligée par des luttes entre dirigeants et rebelles, des personnages comme Aniello Falcone et Bernardina Pisa, prostituée et reine des bidonvilles obligée de se réfugier à la campagne après quelques jours de prison et le meurtre de son mari. Artemisia n’a pas perdu son caractère rebelle et part à la recherche de Berardina pour l’aider. Mais le chercher dans ce ventre de la ville dominé par la pègre est une entreprise très compliquée. Messine écrit un chapitre magistral et impressionnant, c’est la Naples espagnole et délinquante, la crasse d’un ravin d’enfer partagé entre voleurs violents, soldats prostituées et proxénètes. C’est le monde dans lequel Caravage s’est plongé et qui offre à Artemisia une nouvelle Judith, rappelant la Judith décapitant Holopherne peinte dans sa jeunesse. Elle est Judith, c’est sa rage sans fin, pour un monde qui ne lui a jamais permis de respirer et que toutes les femmes ne peuvent rien épargner.





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