February 4, 2023
Les 10 meilleurs films de Wes Anderson n'ont rien à voir avec Wes Anderson • Studio Magazine


Qu’y a-t-il de plus étrange dans l’édition 2022 du classement définitif des Vue et son? Peut-être les goûts cinématographiques de Wes Anderson, l’un des réalisateurs invités à partager la liste de leurs dix films préférés. Depuis 1952, maintenant, que Vue et son – le magazine international publié par le British Film Institute – demande aux cinéastes et aux critiques – il y a une enquête qui est menée auprès des critiques et une auprès des réalisateurs – de choisir et de commenter ceux qu’ils considèrent comme les meilleurs films de tous les temps. Cette année on retrouve la première place du classement établi par les critiques des plus beaux films de tous les temps Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman, film féminin et féministe qui en 1976 Le Monde l’a défini comme “le premier chef-d’œuvre féminin de l’histoire du cinéma”. Akerman n’avait que 25 ans lorsqu’il l’a réalisé, et son style expérimental et avant-gardiste est devenu l’objet d’études critiques et académiques.

La curieuse victoire du film de 1975, comme l’écrit Mattia Carzaniga sur Pierre roulante, est aussi une manière de “récompenser un cinéma jusque-là submergé (ou considéré comme tel), changer d’étalon, proposer un nouveau canon” : mais ce n’est pas la seule particularité de cette édition. Pour surprendre tout le monde, cinéphiles et non, les dix films sélectionnés par Wes Anderson, parmi les 480 réalisateurs appelés cette année – on compte aussi entre autres Barry Jenkins, Luca Guadagnino, Ari Aster, les frères Safdie et Wes Anderson – ont dressé leur liste des dix meilleurs films de tous les temps (dans ce classement le premier est 2001 : L’odyssée de l’espace par Stanley Kubrick, lors de la deuxième Quatrième pouvoir par Orson Welles, au troisième Le parrain par Francis Ford Coppola, quatrième à égalité Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles Et Voyage à Tokyo par Yasujirō Ozu, qui est arrivé premier dans le dernier sondage des réalisateurs). Les dix œuvres choisies par Anderson sont narrativement, thématiquement, esthétiquement très éloignées – sinon exactement opposées – des œuvres du réalisateur : ce sont presque tous des films français (et jusqu’ici rien d’étrange), unis par des atmosphères sombres et déprimantes. Ça passe La grande illusion de Jean Renoir de 1937, situé pendant la Première Guerre mondiale, un Légitime défense (Quai des Orfèvres) d’Henri-Georges Clouzot de 1947, une histoire de jalousie et de meurtre (avec une fin heureuse, au moins). Aussi Les bijoux de Madame de… de Max Ophüls de 1953 est pétri de jalousie, et là aussi le mort nous échappe. Ensuite, il y a deux classiques du cinéma français, Vivre Sa Vie par Jean-Luc Godard, 1962, e L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut, 1977, qui n’ont pas besoin d’être présentés. On retrouve alors Loulou de Maurice Pialat, à partir de 1980, avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, les désespérés Sans-abri ou sans loi d’Agnès Varda (1985), Olivier, Olivier par Agnieszka Holland de 1992, Recommencer aujourd’hui par Bertrand Tavernier, 1999 e Les rois et la reine par Arnaud Desplechin de 2004.

Le classement de Vue et son c’est une sorte de liturgie sacrée pour les cinéphiles. C’est une « enquête » bien particulière, si on peut la définir comme telle : une seule est réalisée tous les dix ans, la première édition remonte à 1952 et celle de 2022 est donc la huitième. Ces timings particuliers provoquent le classement Vue et son est considéré comme une sorte d’indicateur des tendances dans le monde du cinéma et des changements dans celui de la culture. L’édition de cette année, en plus de la première place de Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, était également différent pour une autre raison : jamais auparavant un public aussi large et diversifié n’avait participé à l’enquête par sexe, origine géographique et origine culturelle. En 2022, en effet, en Sondage visuel et sonore plus de 1 600 personnes ont voté qui ont exprimé leurs préférences pour 4 000 films. Pour se faire une idée : en 2012 il n’y avait que 846 électeurs.





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