January 31, 2023
'Jeanne Dielman' n'est pas le meilleur film de tous les temps, mais ça va


Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles c’est le meilleur film de tous les temps. Je l’ai établi en classant que Vue et son publie tous les dix ans, et qui dans ce tour voit le film de Chantal Akerman, année 1975, mettre à mal des lauréats historiques tels que Quatrième pouvoir (maintenant troisième) e La femme qui vécut deux fois (selon). Mais la première phrase est, inévitablement, aussi une question : Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles est-ce le meilleur film de tous les temps ? Probablement pas, car aucun classement n’est fiable, encore moins ces classements définitifs.

Au fil des ans, les critères, les électeurs, les choix et donc les symboles qu’inévitablement ils portent en eux ont changé. « Évidemment, il y a toujours eu moins de femmes réalisatrices », lit-on Vue et son, « et les critiques ont toujours été, bien sûr, majoritairement masculines. C’est quand, en 2012, Vue et son il a élargi son bassin de critiques qui Jeanne Dielmann entré dans la liste pour la première fois, en 35e position. Son ascension au sommet est un triomphe pour le cinéma féminin.”

j’avais vu Jeanne Dielmann dans la vingtaine, quand j’étais un nerd du cinéma ; Je l’ai revu l’autre jour après le verdict du British Film Institute car je sais que je suis encore assez nerd (mais depuis le canapé), et pour confirmer la fameuse épreuve du temps était passée. Je dirais qu’il l’a fait énormément. Les plans fixes qui étaient autrefois avant-garde (toujours des mots de la carte qui motive la médaille d’or) et qui aujourd’hui sont, pour beaucoup (trop), la norme ; les trois heures vingt (une autre pratique, hélas, en ces temps numérisés et sérialisés) dans lesquels apparemment rien ne se passe, et qui dégagent au contraire une grande tension ; rigueur (quoi que cela veuille dire), cinéphilie (idem), point de vue.

Ce dernier fait est évident, et c’est ce qui fait que le film s’impose à ses concurrents. Le regard est féminin et féministe, le portrait de la femme au foyer veuve qui cuisine (les séquences avec Delphine Seyrig préparent le café, font bouillir des pommes de terre, panent des escalopes sont magnifiques) et se prostitue à mi-temps pour gagner un peu d’argent supplémentaire et continuer à aller à la maison et aux études de son fils adolescent est sensible sans sensation, militant sans manifestes. Il est évident que la récompense Jeanne Dielmann c’est récompenser un cinéma jusque-là submergé (ou considéré comme tel), changer d’étalon, proposer un nouveau canon.

Mais la question soulevée par le classement des Vue et son Je pense que c’en est une autre : le cinéma aujourd’hui a cessé d’être un art populaire. Ou plutôt : on a tendance à toujours et uniquement récompenser le mérite artistique d’un médium qui n’est certainement pas né comme un art. La formule parfaite de David Thomson est le meilleur livre sur le cinéma que vous puissiez lire cette année (il date de 2004, mais Adelphi vient de le traduire et de le publier). C’est “une histoire hollywoodienne”, comme le dit le sous-titre ; une histoire (aussi) criminelle, fiscale, sociale avant tout. Le cinéma, lorsqu’il s’est imposé comme la plus grande forme de divertissement du grand public (disons entre les années 10 et 20 du siècle dernier), était tout sauf de l’art. C’était le seul moyen, pour un public majoritairement analphabète, de recevoir une histoire, qu’elle soit vraie ou fausse : avec les journaux et les romans, ils ne pouvaient pas le faire. Même les pancartes des films muets étaient souvent récitées aux premiers poux, car la majorité des téléspectateurs étaient incapables de les lire.

Je saute toute la suite de l’histoire (lire le livre), je passe les années d’Hollywood glorieusement populaire, les grands genres, les stars, etc., et j’arrive à aujourd’hui. Aujourd’hui, alors que le cinéma est devenu un discours pour quelques-uns, un acte toujours nostalgique (qu’elle est belle l’expérience cinématographique !, entend-on répéter à l’époque des cinémas désertés par les cinéphiles eux-mêmes, ou ce qu’il en reste), un sujet de positionnement plutôt que divertissement. Le cinéma est devenu un art, et en tant que tel, il fait l’objet de fellations d’élite.

Mi ci metto anch’io – nerd, fanatico, passatista – che dentro la mia bolla sempre più piccola, a volte persino solitaria, col mio zapping su MUBI e le mie liste di visioni da fare, da recuperare, ma da non condividere più con aucun. Le cinéma en tant qu’art populaire (désolé) me semble être devenu la forme ultime de l’onanisme, avec parfois une dérive sociale du faux partage, mais finalement un sport à pratiquer seul, s’interrogeant sur Chantal Akerman aujourd’hui et qui sait quel autre réalisateur demain (Moi, dans ma masturbation très intime, je trouve Claire Denis plus dérangeante à la septième place du classement mais, en fait, c’est ma merde).

Il vient d’arriver sur Netflix “M.”le beau documentaire de Chris Smith qui est le portrait de Robert Downey Sr., réalisateur très expérimental (avant-garde?) explosé dans le New York des années 60 et père de Robert Downey Jr. Le film est aussi l’affrontement entre les deux : l’auteur ne s’est jamais plié aux règles des Studios et l’ancien acteur rebelle devenu la star la mieux payée du monde grâce à Géants Marvel. C’est un film humainement magnifique, mais aussi l’aveu définitif de la défaite du cinéma en tant qu’art vraiment populaire (désolé encore). Peut-être que ça ne l’a jamais été. Peut-être que le cinéma a toujours été une vaste prairie avec tout, trop, faite pour les fétichistes qui ne s’accorderont jamais.

Je ne sais pas pour quoi je voterais, dans mon classement final. Bien sûr, sur cent titres, j’en mettrais dix de Woody Allen (dans celui-ci Vue et son en manque un, toujours par rapport aux choses qu’on peut ou ne peut pas faire aujourd’hui : avoir bien honte). J’en mettrais vingt de Rohmer, j’en choisirais d’autres d’Agnès Varda, et de toute façon on s’en fout. Jeanne Dielmann, pour des raisons que je ne vous dirai pas, je le garderais peut-être. Mais maintenant je vais me faire des pipes en silence, de toute façon personne ne trouvera jamais la formule parfaite, encore moins si je veux m’y mettre maintenant.

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