January 27, 2023
Le feu intérieur : un requiem pour Katia et Maurice Krafft, Werner Herzog renaît


Avouons-le : ce n’est pas ça Werner Herzog après Homme grisonnant (2005) ont eu raison, en effet. Nous défions quiconque d’apporter la preuve du contraire entre l’embarrassant double concours vénitien en 2009 qui comprend un remake absurde de Le mauvais lieutenant et un truc déroutant comme Et voilà en 2016. Eh bien, la nouvelle est plutôt que Herzog renaît dans toute sa pureté adamantine en tant qu’explorateur de vies au bord de la nature extrême. Le film s’appelle Le feu intérieur : un requiem pour Katia et Maurice Krafft et c’est un autre dieu Hors Compétition vraiment sublime de ce 40ème Festival du Film de Turin. Une manière pour Herzog de revenir au bord des volcans en éruption pour défier l’impossibilité d’un plan, de la recherche d’une “vérité extatique”. Seulement ici il ne s’agit plus d’attendre l’éruption attendue comme dans les trente minutes de Le Soufrière (une secte de 1977) ou de suivre le volcanologue modéré Oppenheimer dans Into the inferno (2016).

Pour rendre fou le réalisateur bavarois, nul besoin d’un sujet tel qu’un humble voyage depuis le sol de lave : Herzog a besoin d’un casse-cou qui défie l’inconnu avec la conscience distraite que chaque fois peut être la dernière. Dans l’archive vidéo et photo de Katia et Maurice Krafft, deux incroyables figures d’explorateurs fous des volcans depuis plus de vingt ans, époux alsaciens (elle du village de Guebwiller, lui de la plus grande ville voisine qui a donné naissance à William Wyler, Mulhouse) qui n’ont jamais reculé face à la lave, aux lapilli, aux lahars de boue, depuis qu’ils ont entrepris l’ascension du Vulcano puis du Stromboli en 1968, Herzog retrouve justement cette sorte de percée de la limite perceptive, cette incandescence d’insouciance humaine qui a amené son Timothy Treadwell pour parler aux ours et ensuite être mangé par eux. « J’aurais tout fait pour pouvoir les accompagner », explique la voix off d’Herzog dans cet anglais germanique ponctué et anguleux.

Les Krafft ont été récupérés du fond, depuis ce mois de juin 1991 sur les pentes du mont Unzon, au Japon où ils ont placé pour la dernière fois un appareil photo et un trépied d’appareil photo sans calculer (s’ils l’ont jamais fait) un flux pyroclastique d’entités impensables que dans quelques heures il les noierait dans la boue. Par conséquent, les images du dernier jour de Krafft sont d’un opérateur de télévision japonais, tandis que le long flashback qui se déroule immédiatement entre les volcans en éruption à Hawaï, en Alaska, en Indonésie, mais surtout en aval du Nevado colombien, ressemble à une sorte de found footage del Ruiz , à plus de cinq mille mètres d’altitude, qui a éclaté en 1986 emportant villages, hommes et animaux sur des dizaines de kilomètres faisant plus de 20 mille victimes. Les Krafft étaient là et ont documenté un événement catastrophique littéralement au milieu des coulées de lave. Après tout, il y a aussi un côté comique à ces vicissitudes, chez Herzog toujours présent en mode contrepoint, avec Katia et Maurice qui essayent des combinaisons ignifuges comme s’ils étaient dans un film de science-fiction de série B. le magnétisme de magnificence et de mystère venant du centre de la Terre attire à lui-même les deux époux, comme le documentariste Herzog, les faisant danser en permanence au bord du précipice. Et il ne s’agit plus d’absence de vertige, mais d’une insouciance téméraire mêlée d’une résignation euphorique. “En 23 ans j’ai vu tellement de cambriolages que je n’ai pas peur : si je meurs demain je m’en fous”, commente encore Maurice à l’arrivée près de l’Unzon qui semble se taire avec seulement un quelques petites bouffées grises. Le défi herzogien se renouvelle donc aussi dans cette profondeur de champ sibylline que le volcan peut annuler à tout instant, une imprévisibilité naturelle qui suspend une fois de plus le jugement sur ses personnages hors du commun pour laisser place à une admiration inconditionnelle. A la fois le matériel d’archives spectaculaire teinté d’un rouge lave-jaune gonflé et dégoulinant comme de la glace qui se retrouve au milieu de The fire inside, un hommage sincère à la témérité des personnages ainsi qu’à son propre art visionnaire confirmé. Avec une queue en finale à savourer, un ralenti coquin, Pur Herzog, qui instille la certitude d’un fragment volé révélant les Kraftt prêts à nous surprendre (ou pas ?) encore plus que ces lahars roulant à 80 kilomètres à l’heure.

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