February 3, 2023
incroyable seconde vie – Libero Quotidiano



Bruna Magi

Il tient à le réitérer, Michèle Placide, qu’il est un garçon de soixante-dix ans, en réalité il en a soixante-seize, comme tous ses amis avec qui il revient jouer aux cartes à Ascoli Satriano, dans le nord des Pouilles, où il est né. Beaucoup d’entre eux avaient quitté leur pays natal pour aller travailler dans le nord chez Fiat, à Turin, ou encore plus haut, dans la Belgique des mines. Il l’avait déjà dit, un peu agacé, aux journalistes qui lui demandaient s’il avait toujours l’intention de continuer à travailler après celui récent en tant que directeur de L’ombre du Caravage. « J’ai déjà deux ou trois jobs programmés, dois-je dire non aux producteurs ? Ce sont des experts, ils savent “prendre des mesures”, c’est-à-dire calculer les possibilités des personnes à qui faire confiance». Et puis il a découvert (scientifiquement prouvé) que 50% du cerveau est mieux utilisé après “un certain âge”.

DE NOMBREUX PROJETS
Il a reconfirmé ses projets hier, lors de la présentation, hors compétition au “Festival del Cinema di Torino”, d’Orlando (sur les écrans demain), réalisé par Daniele Vicari. Un petit triomphe, et il le mérite. C’est une fable émouvante, la recherche d’une entente, avec joies et peines, entre un vieil homme qui a eu une vie difficile (la mère de Placido a toujours dit à ses huit enfants qu’il ne faut jamais perdre de temps à se plaindre), et la petite-fille découverte subitement. Orlando est un paysan de la campagne de Rieti (le nom, en plus d’être celui du père de Vicari, est tout un programme littéraire et cinématographique, d’Orlando furioso au voyageur temporel de Virginia Wolf) passe ses journées à essayer d’obtenir le plus possible d’un terre ingrate. Son temps immobile est secoué par des nouvelles, son fils, qui avait quitté la terre pour aller à Bruxelles (et Orlando ne lui a jamais pardonné, en fermant les relations), est malade. Il met son chapeau et repart avec la valise, l’argent cousu dans la doublure de sa veste.

Malheureusement, lorsqu’il arrive à Bruxelles, son fils est déjà mort. Quelle tendresse, sa silhouette perdue mais fière, pleine de dignité sur les grandes places, devant les palais d’où flottent les drapeaux de l’Europe. Orlando doit faire face aux funérailles, mais surtout la connaissance de sa petite-fille de douze ans : Lyse (Angelika Kazankova, très bonne), toujours ignorée par sa mère qui l’a abandonnée à la naissance, n’a trouvé une véritable affection que dans la famille de sa meilleure amie. Lyse est une fille extraordinaire, très mature, sait prendre soin d’elle-même : dès le début Orlando, qui a hâte de rentrer chez elle, hésite à la laisser à sa vie, lui permettant d’être confiée à la famille de son amie. Mais un ressort claque en lui : continuer à payer le loyer de la maison à un usurier, pour qu’ils ne soient pas mis à la porte (l’argent de la doublure s’épuise) Orlando s’adapte pour travailler dur même s’il n’est plus un jeune homme, le soir où il est contrarié, s’endort sur le canapé, Lyse cuisine pour lui.

L’ACCORDÉON
Et puis il se mettra à danser quand son grand-père jouera de l’accordéon, révélant une “passion génétique”… Ne spoilons pas la fin. Mais en tout cas il y a l’arc de toute une vie, dans ce film, que Placido relance lorsqu’il évoque le projet de chacun rentrant chez lui dans les Pouilles, pour Noël, y compris ses 5 enfants, quand vient l’heure de faire de l’huile et de jouer cartes avec des amis. Ce “fil commun” ne s’est jamais arrêté depuis qu’il est parti pour Rome, devenir policier, et s’est retrouvé face aux affrontements de Valle Giulia. Qui aurait cru qu’il se retrouverait dans le rôle d’un policier destiné à devenir très célèbre avec le rôle du commissaire Cattani dans La Poulpe ? Près d’une centaine de films et autant de pièces de théâtre, mis en scène par tous les réalisateurs les plus prestigieux de notre cinéma, Luigi Zampa, Patroni Griffi, Mario Monicelli, Ettore Scola, Giuliano Montaldo. Puis une période où Michele Placido aux cheveux blancs semblait moins nous séduire, jusqu’à ce qu’il devienne un grand-père chef d’oeuvre. Un pont entre passé et futur.

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